III – La rééducation du brûlé

Le séjour d’un brûlé en centre de traitement peut varier, de quelques semaines à plusieurs mois. Il est ensuite envoyé dans un centre de rééducation spécialisé. Nous voyons donc qu’il existe une véritable chaîne de soins très performante dans la prise en charge des brûlés, Dans ces centres, le brûlé réapprend à se servir de son corps et à appréhender son environnement, aussi bien physiquement que psychologiquement. Même après être sorti du centre, il porte encore des séquelles et doit se plier à plusieurs contraintes.

A) La rééducation physique

La rééducation du brûlé est avant tout physique et corporelle : après une longue période d’inactivité et d’opérations lourdes, il doit réapprendre à se servir de son corps, et cicatriser dans de bonnes conditions.

L’un des enjeux de la rééducation post-opératoire est la surveillance et la maîtrise de la cicatrisation.

En effet, quelque soit le type de greffe qui a été effectué, on observe on phénomène particulier durant la période de cicatrisation : la rétraction cutanée. C’est à dire que la peau durcit et se rétracte au niveau de la zone lésée. Si ce phénomène est bien sûr nécessaire dans le cadre de la guérison du brûlé, il est fondamental de le surveiller, car la peau peut cicatriser dans une mauvaise position et diminuer l’amplitude des mouvements, en rendant certaines parties du corps dysfonctionnelles et en provoquant des déformations. La surveillance de cette rétraction est particulièrement importante pour certains organes : mains, pieds, articulation, yeux et bouche, dont l’intégrité fonctionnelle est fondamentale.

Déformation de la main due à une cicatrisation dans une mauvaise position

Déformation de la main due à une cicatrisation dans une mauvaise position – http://www.sfetb.org/pdf/emc_reeducbruladulte.pdf

C’est là qu’interviennent les centres de rééducation qui à la fois surveillent la posture du patient tout au long de son séjour, mettent à sa disposition un appareillage spécifique, et lui prodiguent les soins d’un kinésithérapeute.

Le kinésithérapeute aide le brûlé à réaliser des exercices d’assouplissement ou lui prodigue des massages. Il surveille également le bon déroulement de la cicatrisation, en contrôlant l’apparition d’une rétraction et la prise de la greffe. Son rôle est donc fondamental et c’est lui qui, au plus près du brûlé, peut avertir le reste du corps médical si d’autres modalités de prise en charge s’avèrent nécessaires.

Afin d’éviter une cicatrisation dans une position dite « vicieuse », le brûlé doit lors de son alitement adopter des postures particulières, et surtout en changer régulièrement, de sorte que son corps cicatrise dans de bonnes conditions.

Enfin, certains appareils existent pour maintenir les doigts, la bouche, ou les yeux dans une bonne position pour la cicatrisation. Il s’agit souvent d’orthèses pour les membres tels que les bras, les mains, les jambes et les pieds, ou de conformateur buccal pour éviter la rétraction de la commissure des lèvres.

Orthèse au niveau du poignet lors de la cicatrisation

Orthèse au niveau du poignet lors de la cicatrisation – http://www.sfetb.org/pdf/emc_reeducbruladulte.pdf

Cette rigoureuse discipline est obligatoire : si les membres cicatrisent dans une mauvaise position, il faut alors refaire une opération, ce qui conduit à un cercle vicieux.

Outre le suivi de la cicatrisation, la rééducation du brûlé consiste aussi en la récupération de la masse musculaire et de l’équilibre. En effet, le patient est souvent alité une longue période durant son traitement, et subit une importante fonte musculaire. Afin de pouvoir réintégrer la vie en autonomie, il doit retrouver une masse musculaire suffisante. Il va donc réaliser, progressivement, plusieurs exercices sous les conseils du centre du rééducation. Le brûlé doit également retrouver le sens de l’équilibre, qui est souvent atteint, de même que l’appréhension des objets et la sensation du toucher, ce qui passe aussi par une rééducation rigoureuse. Ceci va de paire avec une alimentation spécifique, très riche en calories et en vitamines car le corps est souvent en carence.

En outre, les centres spécialisés proposent des soins thermaux, avec notamment des douches filiformes : elles consistent à utiliser un jet fin sous haute pression, qui permet d’assouplir la peau et les cicatrices, en facilitant ainsi le processus de cicatrisation et en limitant les risques de rétractions incontrôlées.

Si la rééducation du brûlé est donc en grande partie active et repose sur des exercices et des séances avec des spécialistes, elle peut également prendre des formes passives, sur le long terme : le patient doit par exemple porter des compressifs la plus grande partie du temps. Ceux-ci évitent en effet des cicatrices hypertrophiques ou chéloïdes, caractérisées par des boursoufflures et des excroissances inesthétiques, qui peuvent s’étendre aux tissus avoisinants.

La rééducation du brûlé, phase finale de sa prise en charge, porte donc bien entendu sur un travail physique, mais repose aussi sur un accompagnement psychologique assidu.

B) Conséquences et reconstruction psychologiques

Les patients brûlés, qui ont connu l’expérience traumatisante de leur accident et un traitement très lourd, peuvent connaître des difficultés psychologiques. Leur prise en charge en centre de rééducation repose donc aussi sur cet aspect.

Sur le plan psychologique, les patients peuvent présenter différents états comme la dépression, la confusion ou encore une forte anxiété. Ces états s’accompagnent de réactions émotionnelles intenses, c’est à dire de grandes colères ou de grandes frustrations qui varient dans le temps.

Ces patients brûlés peuvent aussi faire l’objet de crises de larmes « inexplicables » ou d’accès d’agressivité qui peuvent compromettre leur vie professionnelle.

S’y ajoute très souvent une non-acceptation des cicatrices. Cela entraîne une perte de confiance en soi, accompagnée d’une peur intense qui se caractérise par des angoisses, de l’horreur, du désespoir voire d’éventuelles hallucinations (plus rares). En effet, durant le phase de réhabilitation, la préoccupation principale du patient brûlé est son retour à la vie active, et surtout l’image de lui-même qu’il renvoie à la société, profondément modifiée par les différents traitements. Les brûlés sont donc instables et souffrent d’une certaine impuissance dont ils se rendent compte eux-mêmes, un aspect qui accentue encore plus leur manque de confiance en soi et accroît leur irritabilité. La perspective de la sortie du centre de traitement elle-même devient alors une forte source d’angoisse.

Les patients victimes de cette perte d’équilibre psychologique plus d’un mois sont souvent caractérisés par le syndrome du stress post-traumatique, autrement appelé SSPT. Ce syndrome est caractérisé par un « revécu » permanent de l’événement traumatisant. Celui-ci induit le refus persistant des stimuli liés au traumatisme, c’est à dire de tout ce qui peut lui être associé -que ce soit le lieu, des personnes en rapport avec l’incident ou encore un bulletin d’informations sur celui-ci-. En cas de remémoration de ce traumatisme pendant la période de traitement ou bien plus tard dans le temps, les victimes souffrent de retour en arrière appelés « flash-back », ou de cauchemars associés ou non à des réactions physiques telles des palpitations, une sècheresse buccale ou encore une forte transpiration.

Des ouvrages relatifs au SSPT un an après l’accident du brûlé ont permis une élaboration de statistiques avec un taux de prévalence variant de 13% à 45%.
Les brûlés qui risquent davantage de souffrir du SSPT ont, en général, des antécédents psychiatriques. Cependant ce syndrome est aussi fort probable chez les personnes qui subissent une grande douleur accompagnée d’une grande tension qui sont donc incapables de se détendre.

Ainsi, la rééducation du patient brûlé se doit également d’être efficace sur le plan psychologique et affectif, pour permettre un retour à la vie autonome aussi aisé que possible. Le psychologue devient dans ce cadre un allié fondamental de la réadaptation, et voit le brûlé 1 à 2 fois par semaines en centre spécialisé. L’importance de l’aspect psychologique tend à s’accroître : dans la plupart de ces centres en France, un espace a été créé pour permettre aux patients d’exprimer leurs émotions et de raconter leur histoire quand ils en sont capables. Le psychologue assiste également les proches du brûlés, qui sont susceptibles d’être eux aussi traumatisés. À la suite des récits et soutiens psychologiques, une relation de confiance peut alors s’établir.

Outre l’intervention d’un professionnel, les cures thermales représentent une perspective intéressante : en plus de leur intérêt sur le plan de la rééducation physique, elles permettent aussi au patient de se confronter à d’autres brûlés et de se rouvrir à la sociabilité dans un cadre agréable.

En raison de leur construction psychologique incomplète, les enfants sont particulièrement sensibles aux conséquences affectives. Il existe ainsi des camps pour enfants brûlés focalisés sur leur développement personnel et aussi sur le vécu des parents. Ils permettent à l’enfant, parfois défiguré définitivement, de retrouver une plus grande confiance en soi, une meilleure capacité d’adaptation dans la société qui s’accompagne donc du développement de ses capacités sociables et d’une création de nouvelles amitiés, et des perspectives d’avenir.

C) Après l’hôpital : un retour progressif à la vie en autonomie

Si la rééducation en centre spécialisé constitue la dernière étape de la prise en charge, le brûlé doit encore accomplir un dernier pas et se plier à divers contraintes pour retrouver progressivement la vie active et une autonomie relative.

Après sa sortie du centre de rééducation spécialisé, la réadaptation du brûlé à la vie active se fait progressivement. Le brûlé grave reçoit toujours des soins en hôpital de jour. Cela permet lui permet à la fois de se confronter aux obstacles du quotidien chez lui -et donc de réapprendre à vivre en autonomie-, et de continuer à être encadré et suivi médicalement.

L’une des séquelles majeures à laquelle sont confrontés les brûlés est bien sûr l’aspect physique, profondément modifié par la brûlure en elle-même puis les traitements successifs. Cette question de l’apparence peut être un frein dans le retour à la vie en société, et nombreux sont les brûlés qui n’acceptent que très progressivement leur corps ou bien font appel à un chirurgien esthétique afin de diminuer les séquelles esthétiques.

L’accompagnement du brûlé, en plus d’être médical, est social au sortir des centres. En effet, le traitement long et complexe subit par le brûlé le prive généralement de son emploi et peut mettre en péril sa situation financière voire familiale, même si les soins sont bien remboursés en France. Ainsi, les hôpitaux disposent de services sociaux qui aident les brûlé à réintégrer plus facilement la vie active.

Vêtement compressif recouvrant la tête et le visage

Vêtement compressif recouvrant la tête et le visage

Même longtemps après sa sortie des centres spécialisés, le brûlé doit se soumettre à différentes contraintes : il doit par dessus-tout éviter le soleil pendant au moins 2 ans après sa greffe, et porter des vêtements compressifs 23 heures sur 24 afin d’éviter tout risque de cicatrisation hypertrophique.

De manière générale, et bien longtemps après sa sortie définitive de l’hôpital, le brûlé doit faire appel au corps médical et doit consulter régulièrement différents spécialistes qui s’assurent de l’état de son corps fragilisé. Les brûlés sont souvent plus sensibles aux problèmes de santé que le reste de la population.

7

Vêtement compressif recouvrant l’ensemble du corps

Dans de nombreux cas, les brûlés sont handicapés car ils ont souvent pu perdre un membre encore de leur traitement ou n’ont jamais retrouvé entièrement toute leur amplitude de mouvement. Ainsi ne retrouvent-ils jamais vraiment une vie « normale », et l’on peut considérer que leur prise en charge -tant médicale qu’affective-, à travers les attentions constantes qui doivent leur être accordées, n’est jamais vraiment terminée.

Retour en haut

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s